top of page

Guadeloupe : Xavier Bonhomme, procureur : « Je ne suis pas venu pour compter les morts »

  • 23 déc. 2015
  • 3 min de lecture

Avec 45 homicides depuis le début de l'année, le triste record de 2013, avec 44 meurtres dont la terrible tuerie de Tabanon, est malheureusement battu. Ce qui fait dire à Xavier Bonhomme, procureur de la République à Pointe-à-Pitre : « Il faut qu'on arrive à mettre en oeuvre un plan d'attaque. »


« Nombre record de meurtres en Guadeloupe et à Saint-Martin » titre la presse nationale. Après le 45e homicide de l'année, samedi soir à Capesterre-Belle-Eau (notre édition de lundi), l'information a été reprise par différents médias. La Dépêche du Midi, Ouest-France, Le Dauphiné Libéré, I télé... Jusqu'à Tahiti Infos. Cette année, comme en 2013, notre département est le plus meurtrier de France. Avec 45 homicides - 39 en Guadeloupe et 6 dans l'île du Nord - le triste record de 2013 - avec 44 crimes de sang dont la terrible tuerie de Tabanon - est battu alors que l'année n'est pas encore terminée. Un constat alarmant qui fait réagir le procureur de la République à Pointe-à-Pitre, Xavier Bonhomme : « 45 meurtres, dont 24 par arme à feu, c'est énorme. » Même en Corse, où il occupait des fonctions identiques, il n'avait pas été confronté à une telle proportion de crimes. « Pour 320 000 habitants, on comptait 30 à 40 homicides et tentatives dans l'année. »


« IL FAUT RÉAGIR »


Ici, on ne comptabilise même pas les tentatives de meurtre, dont le nombre est également très élevé. Le procureur Xavier Bonhomme les estime à plus de 100 cette année. Cela aussi, c'est inquiétant. Tout comme la nature des crimes. « Pour un quart, ce sont des règlements de comptes (12). Et il y a beaucoup - et plus qu'ailleurs - d'homicides dans le cadre familial. » Mais on meurt aussi pour un regard, une mauvaise parole. Parce qu'on était au mauvais endroit, au mauvais moment. Comme Xavier (22 ans) abattu froidement par des braqueurs, dans la nuit du 12 au 13 décembre, sur la plage de La Chapelle, à Anse-Bertrand (nos éditions des 14, 17 et 19 décembre).On risque aussi de mourir à un chanté Nwèl, quand une rixe entre jeunes dégénère et que des coups de feu sont tirés, comme à Petit-Canal le 16 décembre (notre édition du 18). Ce qui fait dire au procureur Xavier Bonhomme que « personne n'est à l'abri nulle part et que la situation prend un tournant très inquiétant. » Pour lui, c'est tout simplement inacceptable. « Je ne suis pas venu ici pour compter les morts. On ne peut pas admettre ça, ni continuer comme ça. Il ne faut pas s'habituer. Il faut une prise de conscience collective, que la population et les institutions réagissent. L'école aussi à son rôle à jouer. » L'État et la justice également. Pour le procureur Xavier Bonhomme, « la difficulté ici, c'est la prolifération des armes » .


La priorité, c'est d'en retirer le plus possible de la circulation. « Il faut qu'on arrive à mettre en œuvre un plan d'attaque. » Il en sera question lors du prochain état-major de sécurité, en préfecture, début janvier.


Quelles solutions ? Pour réduire le nombre d'armes en circulation, surtout celles à feu, quelles solutions ? Une nouvelle opération « Déposez les armes » ? Le procureur Xavier Bonhomme dit « pourquoi pas » , mais sans grande conviction. « On peut retenter, mais je ne suis pas sûr que cela touche la population concernée par ce type de faits. » Faire plus de contrôles d'identité ? « Il y en a tous les jours, mais des gars qui circulent avec des armes, on en arrête peu » , remarque le procureur. Pour lui, « il faut une présence policière plus prégnante. Améliorer l'occupation du terrain et l'utilisation des forces (police et gendarmerie) pour une efficacité plus grande » . Pour ceux qui seront pris en possession d'arme à feu, le procureur annonce « une comparution systématique devant le tribunal correctionnel » .


Il rappelle que la détention d'une arme de poing fait encourir 3 à 10 ans de prison et la détention d'un fusil de 3 à 5 ans, « en fonction des antécédents de la personne et des circonstances aggravantes » . Enfin, autre axe d'attaque, « en lien avec le préfet, un contrôle des détenteurs réguliers d'arme. Par exemple, si quelqu'un sollicite un renouvellement d'autorisation de détention, vérifier qu'entre-temps il n'a pas été condamné. Et que les renouvellements sont bien effectués. » V.D.


Sources : http://www.guadeloupe.franceantilles.fr/actualite/societe/xavier-bonhomme-procureur-je-ne-suis-pas-venu-pour-compter-les-morts-354010.php

 
 
 

Commentaires


© 2016 Association pour la non violence aux Antilles

bottom of page